Culture : « Le cinéma burkinabè était bien parti, mais il risque de retomber », Justin Ouindiga dit GSK, comédien


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Il est plus connu sous le nom « GSK ». Son jeu d’acteur a conquis le public burkinabè. Dans la célèbre série « affaires publiques », il a prononcé des mots comme « le Pebre (missile mystique), le Bolé (appel forcé), Bindgo (le piège) ». Ce sont des mots en mooré qui ont contribué à le rendre célèbre. Au Sotigui Awards 2020, il est sacré Sotigui de la meilleure interprétation masculine. Vous l’aurez certainement déjà deviné. Il s’agit de Justin Ouindiga, artiste comédien. Dans une interview qu’il nous a accordée le jeudi 19 novembre 2020, il revient sur le début de sa carrière. L’homme se prononce également sur l’avenir du cinéma burkinabè. Interview !

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Justin Ouindiga dit GSK : Je suis Justin Ouindiga, comédien de théâtre et de cinéma

On le sait, tout à un début. Comment êtes-vous arrivé au cinéma ?

Je suis arrivé au cinéma par le biais d’un casting. Je dirais que c’était Serges Armel Sawadogo qui m’avait appelé pour porter un rôle dans son court métrage. Il était un jeune réalisateur. Au même moment, j’ai été appelé par Missa Hebié pour jouer dans son long métrage « le fauteuil ». En même temps, j’ai joué dans « le cœur du Lion » de Aboubacar Diallo. Les trois sont venus au même moment.

Justin Ouindiga, ce sont des rôles de faux type, de méchant que vous incarnez dans les films. Pourquoi ?

Je joue un peu un personnage méchant, pas gentil mais pas tout à fait faux type dans tous les films. Si je vous prends l’exemple du « Fauteuil », c’est la suite qui a donné naissance à « affaires publiques ». Donc c’est le même personnage qui évolue là-bas mais en série. C’est l’écriture du même scénariste. Il y a eu le film « l’amour est encore possible » qui est un long métrage d’Emmanuel Sanou. Là, je venais d’arriver nouvellement dans le cinéma. J’ai joué le rôle d’un petit délinquant.

C’est vrai que dans la plupart de mes films ou de mes rôles de théâtre, je joue vraiment le personnage pas souvent souhaité par tout le monde. Mais ça ne voudrait pas dire qu’il n’y a que ces rôles que je sais jouer ou bien que je raconte ma vie là-bas. Je suis loin de tout cela. C’est peut-être parce que souvent les réalisateurs s’agrippent à un rôle avec lequel on t’a découvert. Ils s’agrippent à ce rôle pour que tu reconduises le même chez eux. Du coup, tu peux jouer dans deux trois films différents et te rendre compte après que finalement, c’est le même personnage qui se reproduit de l’autre côté encore.

Vous jouez avec aisance dans les films. D’où vient votre inspiration et votre savoir-faire ?

Il n’y a pas une inspiration particulière. C’est une formation. J’ai fait 7 ans de formation à l’ATB (Atelier du Théâtre Burkinabè) en tant que comédien de théâtre. Dans ces formations théoriques, j’ai eu connaissance de la notion de différence entre le cinéma et le théâtre. Pour cela, moi je ne trouve pas que je suis exceptionnel. Je trouve que je fais juste ce que j’ai bien appris.

Cette année, vous êtes Sotigui de la meilleure interprétation masculine au Burkina Faso. Quels sont les sentiments qui vous animent ?

Ce sont des sentiments de joie, de satisfaction, d’un travail reconnu et récompensé. C’est bien.

D’aucuns se plaignent que le 7e art ne nourrit pas son homme. Justin Ouindiga vit-il que du cinéma ?

Pas uniquement du cinéma mais le théâtre plus que du cinéma.

Qu’est-ce que votre art vous a apporté ?

La comédie m’a donné beaucoup de choses. Ça m’a donné cette capacité de pouvoir dire par les moyens artistiques certaines vérités que d’autre personnes ne souhaitent pas entendre ou ne souhaitent pas le dire. Si on parlait de mes plusieurs prestations en tant que faux type, en tant que méchant, en tant que mauvais, ce n’est pas mon caractère, ce n’est pas mon éducation, ce n’est pas ma fonction qui fait que je suis un faux type. C’est plutôt le rôle qu’on veut que de par ma fonction, que je rende.

Justin Ouindiga recevant son trophée lors des Sotigui Awards

Dans la série « affaires publiques », vous interprétez des mots comme le « bolé », le « pebre ». Est-ce vos mots ou du réalisateur ?

« Le pebre », je ne l’ai pas inventé. Il faisait partie du scénario. Mais les autres qui ont suivi, ont été des propositions personnelles et le réalisateur a gardé. J’ai fait une logique de continuité et du même type parce que la philosophie du personnage de GSK est quelqu’un qui est arrivé dans la fonction avec un très petit niveau et qui veut gravir les échelons par les raccourcies. Voilà un grand délateur qui veut vendre les gens à vil prix auprès des décideurs pour pouvoir être récompensé par un poste.

Déjà, ça fait un bout de temps que vous êtes comédien. Comment vous voyez le cinéma et le théâtre burkinabè ?

D’abord le cinéma burkinabè était bien parti, mais il risque de retomber. Cela parce qu’il n’y a pas mal de réalisateurs autoproclamés. Il n’y a pas mal de scénaristes autoproclamés. Des gens qui n’ont aucune notion de la conception du message, de quoi je dis et de quoi je transmets. Chacun veut raconter sa propre histoire. A partir du moment où on raconte sa propre histoire sans enjeux spécifique d’éveil de conscience ou quoi que ce soit, si c’est pour détendre le public ou les cinéphiles, on va arriver. Mais ça nous amène où ?

Si nous devons copier les cinémas faits par les autres pour faire ça ici parce que ça marche, ça marche dans les salles mais ça va nous apporter quoi en tant que Burkinabè. C’est notre particularité comme ça. Nous ne sommes pas d’autres nationalités. Nous sommes des Burkinabè.

Le Burkinabè a sa spécificité. C’est dans ce que nous présentons, dans ce que nous concevons et dans ce que nous réalisons qu’on va découvrir le vrai Burkinabè de tout cela. Mais à partir du moment où nous voulons tout de suite courir derrière l’argent, nous allons l’obtenir mais ça ne veut pas dire que nous sommes de bons réalisateurs ou de bons scénaristes ou bien notre cinéma a de valeur.

Le théâtre ?

Le théâtre a une grande différence dans le traitement des messages. D’abord si vous regardez dans le commun des théâtres, beaucoup plus sont des théâtres d’éveil de conscience, des théâtres de revendication, d’affirmation de soi et tout. Malheureusement, le théâtre n’a pas ce public que le cinéma a. Quand j’entends des gens dire qu’on a assez entendu des trucs, nous voulons maintenant nous reposer.

Je ne vois pas ce que nous avons fait d’abord au point de vouloir se reposer. Même pas un petit portable, même pas une aiguille à fil. Moi je ne pense pas que ça mérite de s’assoir ou bien de faire des trucs uniquement pour la distraction. Nous devons faire en sorte que cette distraction soit un canal d’éveil de conscience, que la distraction amène quelque chose.

Comment se passe la relation entre vous et les autres acteurs, surtout avec Joseph Tapsoba dit Chocho avec qui vous avez tourné ?

Joseph Tapsoba est un ami à moi. Nous avons évolué ensemble à l’ATB. J’ai fait trois ans et puis il est arrivé. Il a fait deux ans et moi j’ai continué deux autres années. Nous nous sommes connus très bien avant. En dehors du théâtre, on s’est fréquenté régulièrement jusqu’ici. Le fait que nous nous retrouvons encore à jouer dans un même film ou dans une même série n’est qu’un accompagnement. Il y a déjà une complicité qui existait bien avant entre nous qui ne fait que nous accommoder.

Vous inspirez des jeunes. Certains veulent devenir comme vous. Quels conseils vous avez à donner ces personnes ?

Pour moi, si leur référence est ce comédien que je suis, je leur donnerai comme conseils de se former. Il y a rien qui dépasse la formation. Il n’y a rien qu’on peut apporter de substantiel dans ce qu’on fait sans être formé. A partir du moment où vous nous n’avez pas ces outils, ces bagages, vous allez faire partie de ceux qui évoluent dans ce domaine mais vous resterez un nombre additif.

GSK et la barbe, il y a quelle histoire ?

Je pense que GSK est venu trouver la barbe de Justin. La barbe a une histoire. J’étais allé au décès de la grand-mère d’un ami. La tombe se creusait dans la cours. L’endroit était très caillouteux. Maintenant, vous savez en Afrique, pour creuser une tombe, il y a plusieurs personnes qui viennent et chacun joue sa part. Moi en creusant, vous voyez quel physique j’ai, donc la force aussi est pareille.

Chaque fois que je donnais des coups de pioche, ça faisait des ricochets. Ça n’allait pas. Il y avait un monsieur plus jeune que moi mais bien en forme qui a dit de retirer la pioche du petit sinon il va se blesser. Pourtant je suis plus âgé que lui mais comme la corpulence faisait défaut, il m’a comparé à un enfant. Une fois que je obtenu la barbe je l’ai plus enlevée.



Est-ce Justin Ouindiga fait autre chose que la comédie ?

Je suis un bon ébéniste. Je fais des meubles et tout. Moi je pense que c’est ça aussi qui fait que souvent je refuse les rôles. Beaucoup de rôles ayant rapport avec le personnage GSK encore, moi je les refuse. Je ne veux pas me typer à un personnage. Ça fait que moi je les écarte. Parce que j’ai une autre occupation qui me permet d’être autonome.

J’avais suivi un documentaire sur un poète yéménite. Il a donné une citation qui m’a consolidé et qui a renforcé le fait que je tienne à ce boulot et à mon art. Le poète yéménite a dit que le poète ne doit pas uniquement vivre de sa poésie, qu’il doit vivre d’autre chose comme l’agriculture, l’élevage, la pêche et la qualité de poète vivifiera ses autres activités. Moi je pense que ma qualité de comédien peut aussi influer dans ce que je fais dans l’ébénisterie.

Quelle est la situation matrimoniale de Justin Ouindiga ?

Je suis marié et père de trois enfants.

Dimitri OUEDRAOGO

Lefaso.net


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