Yacouba Isaac Zida, candidat du MPS : « J’ai prévu de rentrer pour la campagne mais il m’a été dit que je serai arrêté dès l’aéroport »


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Candidat du Mouvement patriotique pour le salut (MPS) à l’élection présidentielle du 22 novembre prochain, Yacouba Isaac Zida a accordé un entretien à Lefaso.net. Le candidat n’étant pas au pays (il n’a pas reçu l’autorisation de rentrer au bercail), l’entretien s’est déroulé à distance. Les non-dits de la campagne électorale et les enjeux du scrutin, les attentats contre les Forces de défense et de sécurité, la négociation avec les terroristes, la position du MPS en cas de second tour à la présidentielle, l’avenir politique du MPS après le 22 novembre 2020, etc. Autant de questions auxquelles a répondu le général Yacouba Isaac Zida.

Lefaso.net : Alors qu’on apprend la mort de 14 FDS et l’attentat contre le chauffeur d’un député, quels peuvent être les non-dits de la suite de la campagne et des élections ?

Yacouba Isaac Zida : Merci pour cette occasion que vous m’offrez de m’exprimer sur des sujets touchant à la vie de notre nation et d’évoquer quelques solutions que je propose aux électeurs qui vont désigner, dans quelques jours, le nouveau président du Faso. Il y a eu l’attaque meurtrière intervenue le 11 novembre entre Gorom Gorom et Tin-Akoff, qui a causé la mort de 14 soldats ; mais aussi le même jour, il y a eu une attaque à Kossoghe où deux civils ont été tués parmi lesquels un VDP ; et puis l’attaque, comme vous l’avez mentionné, celle du 8 novembre, qui a causé la mort du chauffeur du député Ousmane Alpha.

C’est dommage qu’avec tous ces massacres, notre pays continue de se comporter comme si tout allait bien, comme certains le disent même « hakuna matata », pour dire qu’il n’y a aucun problème. Évidemment, quand on est soi-même le problème, on est incapable de voir d’autres problèmes. Il n’y a pas de non-dits, puisque tout est dit depuis des années : rien ne va, nos soldats sont en sous-nombre, mal équipés et mal renseignés. C’est ça le problème ! Il faut y remédier au lieu de nous rabâcher des enfantillages pendant que des familles perdent leurs fleurons. Quand le MPP va se réveiller le 22 novembre et trouver qu’il a perdu le pouvoir, il devra s’en prendre à lui-même. Il croit connaître les Burkinabè mais moi je dis qu’il les connaît très mal.

Que proposez-vous en cette période électorale cruciale pour assurer l’accalmie ?

Si vous voulez dire l’accalmie au niveau de la situation sécuritaire, il n’y a pas de remède miracle, et ce n’est pas pour trois semaines qu’il faut créer l’accalmie. Je doute fort que les terroristes nous accordent cette trêve. Ils nous savent distraits actuellement et c’est justement en ce moment qu’ils vont essayer de frapper plus. Je recommande la vigilance totale à nos Forces de défense et de sécurité sur toutes leurs positions, et aussi à ceux qui battent campagne d’observer un maximum de prudence dans leurs nombreux déplacements.

Lors des campagnes du MPS, les militants vous réclament. Comment comptez-vous répondre à leurs attentes ?

Oui, il est vrai que mon absence handicape mon parti et ses militants mais c’est une situation qui nous a été imposée par le président Kaboré et son MPP. J’ai prévu de rentrer d’abord pour le congrès, ensuite pour la campagne, mais il m’a été dit que je serai arrêté dès l’aéroport parce qu’il y a un mandat d’arrêt que la justice militaire a émis et que le gouvernement se voit obligé de faire respecter ce mandat. Bref, tout le monde sait que cette affaire de mandat est un artifice politique inventé pour m’emmerder. Mais comme je suis un homme de paix et respectueux des lois de mon pays, j’ai demandé à mes avocats d’engager une procédure pour l’annuler.

C’est donc en toute confiance que j’attends l’issue de cette procédure. Mes camarades du MPS comprennent parfaitement la situation et font ce qu’ils ont à faire de mieux, malgré mon absence, pour porter notre projet d’un Burkina meilleur à la connaissance des électeurs. De là où je suis, je ne manque pas les opportunités qui s’offrent à moi pour véhiculer le même message. Nous allons gagner cette élection et vous le verrez bien.

La problématique de la négociation avec les terroristes s’est invitée dans les programmes des candidats. Qu’en dites-vous ?

Je pense que le seul candidat qui se distingue par rapport à sa position sur la question, c’est Roch Kaboré qui, de façon constante, maintient qu’il ne négociera jamais avec les terroristes. Tous les autres candidats envisagent d’ouvrir des discussions avec ces derniers dans le sens d’avoir la paix pour nos populations. Je suis de ceux qui veulent négocier.

Il est normal, de mon point de vue, de négocier puisque cette guerre asymétrique ne pourra jamais être gagnée uniquement avec les opérations militaires ; si ce n’est que de s’installer durablement, toute chose qui sera plus dramatique. Nos populations qui ont fui leurs villages vivront de quoi s’ils n’ont plus leurs terres pour cultiver ? Et ce n’est pas le seul problème.

La déscolarisation des enfants ne fait que préparer de futurs bras valides pour les terroristes. Il faut faire appel à la raison quand on traite d’un sujet aussi sensible et essentiel pour la vie de notre nation. Il ne sert à rien de jouer le fier, sinon il faut tout simplement aller fièrement chasser ces terroristes de là où ils sont, puisque ça fait cinq années qu’ils sont maintenant installés sur notre territoire dans des zones qui échappent totalement au contrôle de l’État.

Ma solution à ce grave problème est la suivante : je vais renforcer les capacités opérationnelles de nos troupes par l’accroissement des effectifs, l’acquisition de moyens adaptés et suffisants, et une meilleure organisation du renseignement pour le rendre plus efficace. Au même moment où nous nous assurons de reprendre le dessus sur le terrain, je vais aller à la négociation avec les parrains des terroristes, ceux qui les soutiennent sur les plans idéologique et logistique. Au bout de six mois, on devrait avoir des résultats concrets, et ne plus jamais connaître d’attaque sur notre territoire au bout d’une année.

C’est dire que les déplacés pourront effectivement rejoindre leurs villages et reprendre une vie normale comme auparavant. Je ne réinvente pas la roue ; cette solution a marché en Mauritanie par exemple, et même en Algérie qui était le second pays après l’Égypte où est né le salafisme devenu aujourd’hui une insurrection djihadiste au Sahel. Ces pays étaient militairement plus forts que nous, puisque l’Égypte est même la plus puissante armée d’Afrique, mais malgré cette puissance militaire, ils ne se sont pas contentés de combattre le mal uniquement sur le plan militaire.

Ils ont eu d’autres approches. Depuis 1998, j’ai participé à des rencontres où les services de renseignement algérien, égyptien, mauritanien et autres développaient leurs stratégies pour combattre ce mal qui, à l’époque, semblait si lointain pour nous autres Ouest-africains. Il faut arrêter de bander un muscle qui n’existe pas et faire preuve d’empathie pour nos populations qui souffrent, en rangeant sa fierté pour d’autres sujets.

En cas de second tour, le MPS pourrait-il faire des alliances avec d’autres partis ?

Nous sommes signataire d’un accord politique avec les autres candidats membres du CFOP. A ce titre, nous espérons que tout un chacun respectera son engagement. Si en revanche le président sortant, et comme nous l’espérons, ne parvient pas au second tour, le jeu se poursuivra entre candidats signataires de l’accord politique. Dans ce cas, cet accord deviendra caduque et nous allons œuvrer à nouer de nouvelles alliances pour nous porter à la victoire.

Vous faites bien de le mentionner car la probabilité d’un second tour est effectivement grande. Je ne crois pas vraiment aux sondages, surtout ces faux sondages achetés et financés par le MPP dans le but de préparer l’opinion à accepter les résultats d’une éventuelle fraude électorale. Je vous le dis, aucune fraude électorale ne va prospérer dans cette élection.

Si même on veut regarder les sondages les plus sérieux comme celui du CGD, ils créditent Roch d’environ 26% d’intentions de vote. Sur cette base, nous pouvons dire que l’opposition se repartira environ 74% des suffrages. Et puisque là aussi il y a au moins cinq candidats qui se distinguent, je peux comprendre que nous nous retrouvons après le 22 novembre à devoir aller à un second tour avec ou sans Roch.

Comment voyez-vous votre avenir politique, après les élections de 2020 ?

Après les élections de 2020, je serai installé président du Faso à Kosyam en train de bâtir le Burkina meilleur que j’ai promis à notre peuple. C’est pourquoi je recommande au président sortant, Roch Kaboré, de commencer à vider ses tiroirs pour nous faire gagner du temps, car le travail qui nous attend est immense.

Interview réalisée par Edouard Samboé

Lefaso.net


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