Guinée – Côte d’Ivoire : Des élections meurtrières pour le 3e mandat


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Alpha Condé et Alassane Dramane Ouattara se sont lancés dans la quête d’un troisième mandat, pour être certains de la victoire de leur camp, au prix de nombreuses victimes.

Est-ce normal qu’une élection soit la cause de décès de citoyens qui s’opposent à la tenue du vote ou à la candidature d’une personne, ou encore qui manifestent contre les résultats du vote ? Le droit à la vie est le premier des droits. Aucun texte nulle part au monde ne permet de l’ôter lors de manifestations. La tendance moderne est de supprimer la peine de mort dans les textes de droit de tous les pays. Ce qui veut dire que la justice qui s’exerce au nom du peuple ne prononcera plus de peine maximale.

Comment se fait-il que pour des questions qui sont de l’ordre de l’opinion, on puisse faire intervenir l’armée contre des manifestants et les équiper en balles réelles ? C’est ce qui se passe en Guinée et en Côte d’Ivoire. C’est le cruel témoignage du peu d’égard que les dirigeants africains ont envers la vie humaine, particulièrement celle de leurs compatriotes. Mais quand ils perdent le pouvoir, leurs confrères et collègues de la CEDEAO au pouvoir craignent pour leur vie, et c’est l’une de leurs premières exigences aux nouveaux maîtres du pays : préserver, garantir la vie et la santé de l’ancien président.

L’élection fait le conflit et les meurtres

Les élections sont considérées par beaucoup comme le meilleur moyen pour régler les conflits, mais en Afrique le conflit naît de l’élection, des conditions de participations, d’éligibilité, des lois et textes mis en place avant l’élection, pour l’organiser. Les dirigeants interprètent les lois en leur faveur quand ils sont au pouvoir. Quand le texte interdit un troisième mandat ils refuseront comme Alpha Condé et Alassane Dramane Ouattara (ADO) de le respecter, même quand comme ADO, la main sur le cœur, il nous a dit qu’il ne se représentera plus. Cette absence de respect de la parole donnée n’est pas leur dernier défaut.

En Guinée, l’élection est faite, Alpha Condé est proclamé vainqueur. Le fichier électoral révisé a gonflé a dessein le nombre des électeurs en Haute Guinée, son fief (multiplié par deux entre le vote précédent en 2015 et celui-là) pour égaler le nombre d’inscrits sur la liste à Conakry réputée favorable à l’opposition. Malgré cela, comme dans un pays Ubuesque, personne n’est tombé malade ce jour-là dans toute la Haute Guinée, pas de paludisme, pas de maux de ventre ou un accouchement pour empêcher un électeur, une électrice de se rendre aux urnes. Tout le monde a voté et bien voté comme un seul homme et ceux qui étaient commis à la tâche ont si bien fait que le total de votants dépassent le nombre d’inscrits.

Naturellement les jeunes et la population sont sortis pour protester contre cette façon de faire comme ils le font depuis un an, depuis qu’il a décidé de modifier la Constitution pour se présenter à un troisième mandat. Monsieur Alpha Condé a fait sortir son jouet favori qu’il affectionne depuis un an, l’armée qui tire à balles réelles sur les jeunes et les populations chaque fois qu’ils sortent manifester. Il semble que ce vénérable vieillard de 82 ans a été jeune et il fonctionnait aux déclarations virulentes contre Sékou Touré depuis Paris avec la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF), et en Guinée où il a fini en prison.

Faire de l’élection une fête démocratique

M. Condé, pensez à votre passé et croyez nous, une élection devrait être une fête de la démocratie. Elle devrait être un rituel d’allégresse avec en apothéose le choix des dirigeants. Bien menée dans la paix et la sérénité des esprits et des cœurs, elle est un moment de communion où chacune et chacun saurait que sa voix compte et qu’il est important qu’il participe pour donner au pays les meilleurs hommes qui décideront de son avenir. Une élection est un choix pour une vie meilleure, elle ne devrait pas être source de pertes de vie. Une élection n’est pas la guerre, elle ne devrait pas faire de victimes. L’élection ne saurait accroître la misère de la population, c’est le moment du choix de solutions pour éliminer la misère. Une élection devrait interpeller, appeler, rassembler tous les fils du pays. Elle ne devrait pas aboutir à un couvre-feu, un état de siège, une rébellion et une division du pays.

Que n’avez-vous pas compris MM Alpha Condé et Alassane Dramane Ouattara ? Qu’est-ce que vous avez oublié ? Si le pouvoir est au service des populations, pourquoi vouloir y rester indéfiniment ? Un pays ne peut se déchirer infiniment, sur des rivalités de personnes. Est-ce normal que trois individus prennent en otage le destin d’une nation et fasse mourir bon nombre de ses jeunes ?

La richesse de notre continent et de nos pays c’est la diversité des peuples et des ethnies. En voulant faire plaisir à vos clans et affidés, même contre votre volonté comme le dit ADO, ne voyez-vous pas que le coût humain est énorme ? Combien de jeunes, combien d’enfants, combien de femmes, combien d’hommes devront tomber sous les balles lors de conflit avant et après les élections en Guinée et en Côte d’Ivoire ? Alors que vous avez la possibilité d’arrêter le massacre, en refusant de chercher le pouvoir et de gouverner avec du sang sur votre élection.

Être responsable c’est être indépendant, ne pas s’aliéner à une puissance quelconque (clanique, tribale, ethnique, politique, étrangère, financière, etc.). Les candidats présidents Condé et Ouattara ne sont pas responsables en se faisant les porte-drapeaux d’une lutte condamnée par l’histoire.

En refusant de voir la violence qui entache le processus et en y allant coûte que coûte, ils devraient assumer le jugement des peuples. L’Afrique change, ADO qui a envoyé son prédécesseur à la Haye, et en faisant une justice des vainqueurs en Côte d’Ivoire, devrait savoir que la roue tourne et qu’un jour ou l’autre il devra rendre compte de ses élections meurtrières. Le sang des enfants du peuple qui meurent dans les rues lors des manifestations pré et post conflit électoral demandera justice. Il faut que les dirigeants africains se disent que ce ne sont pas des morts pour rien. Il faut qu’ils cessent de croire qu’il suffit d’indemniser les parents des victimes et de faire une réconciliation nationale sans demande de pardon, sans vérité et justice.

Sana Guy

Lefaso.net

Source : lefaso.net

Faso24


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