Appel du président Thomas Sankara sur la qualité de l’enseignement : 34 ans après, un appel aux apprenants toujours d’actualité


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Ceci est une contribution sur l’appel du capitaine Thomas Sankara sur la qualité de l’enseignement.

Dans son discours prononcé à Gaoua, ville située dans la région du Sud-Ouest du Burkina Faso, le 17 octobre 1986, le président Thomas SANKARA a attiré l’attention des apprenants sur leur contribution à la baisse de la qualité de l’enseignement et les a appelés à plus d’engagement et de responsabilité pour un avenir meilleur. Trente-quatre ans plus tard, l’appel reste d’actualité au Burkina Faso et ailleurs.

Beaucoup de jeunes aujourd’hui font référence au Président Sankara, arborant des T-Shirts à son effigie, revendiquant fièrement une intégrité sans faille. Savent-ils seulement qu’il tenait à une jeunesse consciente et soucieuse de son avenir ? Aux jeunes scolarisés, son appel était à la responsabilité à tous les niveaux du système éducatif. Au niveau primaire, la fixation des connaissances est souvent mal réalisée. Si bien que les sortants précoces de ce niveau de scolarisation deviennent souvent des non-illettrés.

 (…) point n’est besoin d’être un expert pour reconnaître le taux élevé de déperdition d’une classe à une autre, et surtout pour fustiger et répudier la mauvaise qualité des rares produits finis ou semi-finis de notre école (…) Par exemple, nous observons avec beaucoup d’amertume aujourd’hui qu’un élève qui termine le cours moyen sait à peine lire et comprendre un texte. Il est même établi que si cet élève en fin de « cours moyen » quitte l’école pendant deux ou trois années, il redevient un analphabète complet, alors que théoriquement tout élève qui a fréquenté l’école jusqu’au « cours élémentaire » est censé être définitivement alphabétisé. Sur la base de cette constatation, si nous comparons les deux termes ou pôles contradictoires de notre action actuelle en matière d’éducation, accroissement continu des dépenses d’une part baisse vertigineuse du niveau des élèves, nous ne pouvons alors éviter de nous demander si nous ne sommes pas en train de financer l’analphabétisme en croyant de bonne foi le combattre (…). Voilà pourquoi ils sont nombreux ceux qui attribuent les déviances sociales observées chez les enfants à cette école exogène et inadaptée : impolitesse, désobéissance et indiscipline, grossièreté et malpropreté, malhonnêteté et délinquance.

Les conséquences

 

De la responsabilité des élèves selon le Président Sankara

Dans son discours sur la qualité de l’enseignement, le président du CNR n’a pas été tendre envers les élèves, Même s’ils ont le droit de se plaindre si la qualité de leur éducation n’est pas bonne.

« Si les élèves ont le droit de se plaindre de la mauvaise qualité de l’enseignement dispensé, ils doivent savoir qu’une grande part de la baisse de la qualité de l’enseignement leur revient également. Certains d’entre eux sont passés champion dans la pratique de l’école buissonnière aussi bien au primaire qu’au secondaire. Les leçons ne sont plus apprises, les devoirs ne sont plus exécutés et parce qu’ils ont désormais le droit de s’exprimer à travers leur CDR, ils essaient souvent d’utiliser ce droit-là pour camoufler leur paresse. »

Les mauvais comportements vis-à-vis des enseignants était condamnés. Le laxisme et le laisser-faire a induit un nouveau type d’apprenant avec tous les droits et il fallait les recadrer :

« Ils se croient autorisés sous ce prétexte à avoir des attitudes irrespectueuses vis-à-vis de leurs enseignants. Des élèves interpellés pendant les cours, quittent les classes sans la permission de leurs professeurs. Les activités parascolaires prennent le pas sur les cours (. ..) Nos lycées et collèges sont souvent le théâtre des méfaits de l’alcool, de la cigarette et même de la drogue (…) Les robes prêt-à-porter, les bijoux et grosses ceintures, les pantalons à pinces, la mode provocatrice, la bamboula hebdomadaire sont devenus les préoccupations principales des élèves au prix d’une prostitution occasionnelle qui tend à devenir un fléau dans nos villes (…) Que dire alors du sport que les élèves désertent par bandes entières (…) . Que l’on ne s’étonne pas que nos enfants ne soient pas capables de soutenir le moindre effort physique ».

Le devoir d’apprendre a fait place à la liberté de se dépraver sans que les enseignants puissent les corriger et ce, au vu et su de beaucoup de parents complaisants et irresponsables :

« Les élèves se contentent d’être présents de temps en temps dans les classes, ils n’ont plus le temps de se consacrer à leurs études et beaucoup comptent sur l’heure de la négociation avec leurs enseignants pour avoir les points nécessaires pour passer en classe supérieure ou réussir un examen. A la maison, d’interminables séances pour ingurgiter du thé ou danser sans rythme à la faveur d’une lueur blafarde et complice, dans l’ambiance d’une musique qui, pour être non conformiste, multiplie les décibels ou persiste dans l’harmonie des temps. Au mur, la large photo d’une vedette au regard éthéré, en fait, un délinquant produit par le show-business du capitalisme immoral. C’est le début de l’idolâtrie ».

Que dire de l’acceptation de cette norme permissive dans les milieux de jeunes !

« Par couples ou par groupes, des mineures dans les bras de non majeurs, célèbrent une messe qui n’est que la compétition à qui défiera les règles de retenue morale. La société permissive prend ainsi naissance ; l’irresponsabilité de demain s’incruste chez ces jeunes esprits ; les volutes d’une plante prétendue paradisiaque font le reste. Que pourra-t-on faire alors faire plus tard pour rectifier une telle inconduite chez ces futurs hommes quand ils entreront en production ? Les avertissements, les blâmes, les suspensions, les dégagements et les licenciements n’y feront rien. Des inconscients sont nés. Au vu et au su d’enseignants lascifs et des regards démissionnaires de parents qui se vantent que leurs enfants soient aussi éveillés ! Oui, éveillés, mais éveillés à la perdition ».

Que faut-il faire alors?

Thomas Sankara et les devoirs de l’élève

Si les apprenants ont des droits, pour Sankara, ils ont de même des devoirs à accomplir. Face à la paresse, à l’oisiveté, à l’affairisme, et à l’indiscipline des élèves le président Sankara a proposé une rééducation :

« L’élève paresseux ou indiscipliné qui ne respecte ni ses professeurs ni l’administration de l’établissement, ni le besoin de tranquillité des autres élèves studieux, qui arrive en retard, joue de ruse pour échapper au cours, donne des signes de dépravation, n’est jamais à jour dans ses devoirs et ses leçons, et a une moyenne lamentable en fin d’année, cet élève-là n’est pas un révolutionnaire (…). L’école ne saurait non plus le garder ; tout au moins sans une rééducation appropriée. »

Pour le Président du CNR, les élèves doivent pratiquer la courtoisie, l’assistance aux autres, le goût de l’effort et de la saine émulation.

« Tous les élèves devront savoir qu’ils ont obligation de résultats et de bons résultats. Ils doivent mériter les sacrifices consentis pour eux par la société, donner le bon exemple de l’enfant travailleur, patriote, soucieux de son avenir. Il leur sera demandé plus de devoirs à réaliser en classe ou à emporter à la maison. Cela ne devra pas être confondu avec la pratiques de pensums ou autres brimades inutiles, mais comme des exercices qui forgent la mémoire, le raisonnement et éduquent le futur travailleur. Ce ne sera point du goût de tous, je le sais, mais nous ne pouvons pas attendre que nos petits élèves deviennent des adultes, et que, confrontés alors aux difficultés de la vie, ils regrettent leurs caprices d’aujourd’hui pour s’exclamer ‘‘ah ! si j’avais su’’. Ils doivent être tous exemplaires par leur conduite, leur comportement à l’égard de leurs parents, enseignants et camarades. »

Il va même proposer jusqu’à proposer la suppression d’avantages tels que les vacances, des cours de rattrapage et de la production pour les élèves qui, malgré les conditions de réussite mises à leur disposition, n’ont pas de bons résultats scolaires.

Quelques maux de l’éducation en 2020

Aujourd’hui, nous sommes face à des élèves du même type, quelquefois pire. Les réseaux sociaux ont perverti beaucoup d’apprenants qui prennent souvent la vie comme un film Western dans lequel ils sont les maitres d’un Far West. Ils déguènent sur les enseignants et leurs camarades, les empêchent de travailler, violent, tuent, etc. L’incivisme dans beaucoup de cités et écoles sont devenus une norme. Les menaces physiques des membres de l’administration scolaire, l’attaque aux symboles nationaux, les débrayages pour des raisons par eux-mêmes méconnues font légion. L’environnement scolaire est miné par la corruption, l’affairisme et la commercialisation de l’éducation. Le passage sans niveau, la triche, la drogue, la chicha, les tontines du sexe, les grossesses précoces, le harcèlement, etc. sont des maux actuels de notre système éducatif.

Face à ces phénomènes qui ne présagent rien de bon pour l’avenir, les élèves sont appelés à une introspection, à la responsabilité de leur devenir et celui de leur pays car, l’élève étant au centre du système éducatif, la qualité de son Etre déterminera la valeur des hommes de demain.

Dr Aoua Carole CONGO,   

Institut des sciences des sociétés / CNRST     

 [email protected]

Source : Burkina24.com

Faso24


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