Filariose lymphatique : Le regard des communautés


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Introduction

La filariose lymphatique est une maladie parasitaire qui atteint le système lymphatique et peut entraîner une augmentation anormale du volume de certaines parties du corps (les pieds, les seins, les testicules). Ces anomalies sont sources de douleurs, de handicaps sévères et de stigmatisation sociale.

La filariose lymphatique se manifeste par le gros sein, le gros pied (éléphantiasis), et le gros testicule (hydrocèle). C’est une maladie parasitaire qui est transmise par une personne infectée du germe de la maladie à une autre personne non malade par le biais d’une piqure de moustique.

En 2000 la filariose lymphatique sévissait dans tous les 70 districts sanitaires du Burkina Faso. Mais en 2011, grâce aux efforts conjugués du ministère de la santé et de ses partenaires financiers et techniques, seulement 9 districts sanitaires étaient concernés par la maladie. Malheureusement le programme national de lutte contre les maladies tropicales négligées note actuellement une persistance de la maladie dans ces districts sanitaires, malgré les efforts consentis : distribution de moustiquaires imprégnées d’insecticide, distribution de masse de médicaments contre la maladie.

Le présent texte analyse les perceptions et les pratiques des communautés vis-à-vis de la filariose lymphatique et comment celles-ci pourraient influencer la lutte contre la maladie ?

La perception des causes de la Filariose lymphatique

Une grande majorité de la population pense que la filariose lymphatique est une maladie héréditaire. L’enfant hérite la maladie de son père, sa mère, ses grands- parents ou même arrière-grand- parents. Ainsi, les individus naissent avec l’hydrocèle ou l’éléphantiasis qu’ils développent à l’âge adulte. La maladie est également attribuée à une substance du corps humain (le « sãbga » en mooré ), qui le prédispose à avoir ou non certaines maladies telle que la filariose lymphatique.

Plus exactement, le sãbga est évoqué lorsque la substance est rassemblée en un seul endroit. Ainsi, lorsqu’elle se rassemble au niveau du pied, cela donne lieu à l’éléphantiasis et au niveau des bourses de testicules, elle donne l’hydrocèle.

D’autres opinions décrivent la maladie comme étant la conséquence des effets du monde surnaturel. Une liaison est établie entre une dynamique spirituelle et les manifestations physiques. Ainsi, l’éléphantiasis apparait chez l’humain lorsqu’il marche sur un tronc d’arbre tombé qui abrite un ou plusieurs mauvais génies.

L’hydrocèle intervient lorsque l’homme a des rapports sexuels avec une entité spirituelle féminine (génie). La filariose lymphatique a également pour cause les pratiques de sorcellerie des méchantes personnes, les matières fécales de l’éléphant, les piqures de certains moustiques et mouches ainsi que la consommation de certaines huiles alimentaires.

Les eaux sales sont également responsables de l’éléphantiasis, car lorsque l’individu marche dans ces eaux, les germes de la maladie s’attachent à son pied. La filariose lymphatique est également qualifiée de maladie contagieuse. L’utilisation de chaussures d’une personne atteinte de l’éléphantiasis est source de contamination.

Par ailleurs, des causes d’origine sexuelle sont également associées à l’hydrocèle.

Tout homme qui a des rapports sexuels avec une femme ayant eu un partenaire sexuel malade de l’hydrocèle serait lui aussi victime de la maladie. L’hydrocèle apparait comme une maladie honteuse dans certains villages dans la mesure où elle sous-entend une probable infidélité de l’homme (ou de la femme dans une moindre mesure).

De l’avis des communautés, les causes du gros pied (éléphantiasis), et du gros testicule (hydrocèle) sont variées et le moustique en est une et non la seule.

La perception de la prévention et du traitement de la Filariose Lymphatique

En conformité avec les perceptions des causes de la filariose lymphatique, les populations tantôt, pensent qu’il n’est pas possible de la prévenir (parce que maladie héréditaire). Elles pensent également que l’évitement de causes évoquées plus haut permet de se protéger contre la maladie. Ainsi, Il faut garder son environnement propre, éviter les malades surtout ne pas porter les mêmes chaussures qu’un malade de l’éléphantiasis, éviter d’avoir la même partenaire sexuelle qu’un malade de l’hydrocèle et consommer moins ou pas les aliments qui la provoquent.

Le traitement de l’éléphantiasis commence généralement par la recherche des causes surnaturelles de la maladie. Les malades consultent les ‘’guérisseurs’’ avant de se rendre dans les centres de santé.Quelque fois le premier recours peut être le centre de santé et ensuite le guérisseur.

Les malades de l’hydrocèle combinent également les soins du centre de santé et les guérisseurs. Cependant le centre de santé est le plus evoqué à cause de l’intervention chirurgicale qui est appreciée des malades. Néanmoins les patients le plus souvent boivent les décoctions de feuilles, de racines d’arbres avant de se rendre au centre de santé.

Conclusion

Les perceptions des populations sur les causes, la prévention et le traitement de la filariose lymphatique impactent négativement la lutte contre cette maladie. Ceci a pour conséquence directe la non prise en compte systématique par les communautés des moyens de lutte utilisés contre la maladie. Ainsi les médicaments (Ivermectine-Albendazole) distribués gratuitement aux communautés par le ministère de la santé pour faire reculer la transmission de la maladie ne sont pas toujours pris correctement par les bénéficiaires.

La sensibilisation doit se poursuivre pour mieux faire connaitre cette maladie handicapante, cause d’énormes souffrances physiques et morales afin d’améliorer l’adhésion des populations aux programmes de lutte.

Dr Lea Pare Toe,

Chercheur en sciences sociales

Institut de Recherche en Sciences de la Santé

Références

1. Lea Pare Toe , Jean W. Birba. Les raisons des échecs aux évaluations Pré-TAS et TAS de la Filariose Lymphatique au Burkina Faso. Etude qualitative. Rapport final. Etude réalisée en collaboration avec le Programme National de lutte contre les maladies tropicales négligées.

2. Improving Mass Drug Administration After Transmission Assessment Survey Failure : Results from Mixed Methods Studies in Ghana and Burkina Faso, Protocol, v1.0/13.09.2018

3. Numbers related to LF endemicity, populations at-risk (Table 1) and treatments delivered were derived from publications by WHO in the Weekly Epidemiological Record (WER) and WHO Annual Reports between 2000 and 2008 [4]–[10] ; this information is also recorded at www.who.int/lymphatic_filariasis.

4. Agir pour réduire l’impact mondial des maladies tropicales négligées. Premier rapport de l’OMS sur les maladies tropicales négligées. WHO/HTM/NTD/2010.1

5. Amina Nomtondo Ouédraogo et al., Impact du Traitement de Masse de la Filariose Lymphatique par l’Albendazole-Ivermectine en Zone de Savane : Cas de la Région de l’Est du Burkina, Health Sciences and Diseases, 2016 disponible sur http://www.hsd-fmsb.org/index.php/hsd

6. https://santeactu.bf/filariose-lymphatique-a-decouverte-dune-maladie-negligee/

Source : lefaso.net

Faso24


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