Cancer du col de l’utérus : Entretien avec le gynécologue obstétricien Pr Adolphe Somé


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Le cancer du col de l’utérus est la première cause de décès par cancer chez la femme au Burkina. Pourtant, il est très simple à prévenir de l’avis des spécialistes. Lorsque l’on parle de cancer du col de l’utérus, de quoi s’agit-il exactement ? Quel est l’état des lieux de cette maladie au Burkina Faso? Qu’est-ce qui provoque le cancer du col de l’utérus chez la femme et comment faire pour l’éviter? Voilà autant de questions qui trouveront réponse dans cette interview que le Pr. Der Adolphe Somé, gynécologue obstétricien, enseingnant à l’université Nazi Boni de Bobo-Dioulasso et au Centre Hospitalier Universitaire Souro Sanou de Bobo-Dioulasso, a accordée à minute.bf.

Minute.bf : Qu’est-ce que le cancer du col de l’utérus?

Pr Somé : Le cancer par définition est un développement exagéré et anarchique des cellules d’une partie du corps qui échappent au contrôle de l’organisme et qui évoluent à leur propre compte. De façon très simplifiée, c’est le développement de cellules anormales, anormalement constituées échappant au contrôle du corps.

Aussi, pour ce qui concerne le cancer du col utérin, heureusement que l’évolution de ces cellules anormales est très lente si bien que si on s’y prend tôt, très souvent on arrive à empêcher la survenue du cancer ou alors quand le cancer est diagnostiqué très tôt, on peut soigner et guérir la femme à 100%. Malheureusement c’est quand la maladie est à un stade très avancé que certains des malades se présentent aux soignants si bien que la prise en charge devient très chère, très lourde et très difficile et la mort malheureusement survient assez rapidement. Pour ce qui concerne le cancer du col utérin, il y a un moyen très simple pour l’éviter, c’est le dépistage des lésions précancéreuses afin d’empêcher la survenue du cancer, c’est aussi le diagnostic précoce du cancer afin de permettre une prise en charge efficace.

Minute.bf : En ce qui concerne le dépistage, on entend parler de dépistage de lésions précancéreuses et on entend aussi dire que si ces lésions sont détectées très tôt on peut empêcher la survenue du cancer. Alors, pouvez-vous nous parler des lésions précancéreuses du col de l’utérus ?

Pr Somé : Si vous entendez dépistage en matière de médecine, c’est qu’il y a un moyen de prise en charge. Il n’y a pas de dépistage sans moyens de prise en charge parce qu’on ne viendra pas vous dépister pour vous dire que vous avez le cancer et qu’on ne vous propose rien en retour. Effectivement on ne dépiste pas le cancer du col de l’utérus tel qu’on le dit. On fait plutôt le dépistage des lésions précancéreuses qui sont des signes qui annoncent le cancer du col proprement dit. Le cancer du col proprement dit, on le diagnostic. Bien-sûr, au sein de la population qui vient pour le dépistage, on trouve souvent des gens qui ont déjà le cancer, en ce moment on diagnostique.

Le dépistage est une technique très simple, peu couteuse qui permet à l’agent de santé, 8 à 10 ans avant l’apparition du cancer du col, de savoir que si rien n’est fait le cancer va survenir. Le cancer du col a une longue histoire naturelle, elle évolue très lentement et donne donc le temps aux agents de santé de le voir venir et de l’empêcher de venir 8 à 10 ans à l’avance. Mais quand il est déjà là, ça devient très compliqué. La majorité des gens parlent de façon générale de dépistage du cancer du col de l’utérus. Le cancer du col de l’utérus évolue pendant 10 ans, c’est pourquoi une femme qui se fait dépister tôt, nous avons 10 ans pour l’empêcher d’avoir le cancer du col. Alors c’est bénéfique.

Minute.bf : Quel est l’état des lieux de façon chiffrée si possible, du cancer de col de l’utérus au Burkina ?

Pr Somé : On peut retenir que c’est le premier cancer féminin au Burkina. Parmi les cancers chez la femme, c’est également, la première cause de mortalité par cancer chez la femme au Burkina. En fait, il occupe pratiquement toutes les premières places car c’est également la première cause de décès pour tout cancer confondu chez la femme. Le cancer du col de l’utérus représente 23% de l’ensemble des cancers chez la femme au Burkina. Donc il est important, ne serait-ce que de retenir que c’est la première cause de mortalité par cancer chez la femme. Les gens pensent que c’est une nouvelle maladie ou bien que par le passé il n’y en avait pas, c’est des histoires. Dans le passé, combien de femmes mouraient dans le silence sans avoir la possibilité d’aller dans un centre de santé ? Dans le passé il y avait combien de docteurs et de Sages-femmes pour pouvoir parler du cancer du sein ? Dans le passé, est-ce que le pouvoir d’achat de la population était comme aujourd’hui pour se faire dépister ? Disons qu’il y a des facteurs confondants qui font que les gens pensent que c’est de nouvelles maladies. J’invite la population et toute femme en âge de procréer et qui ont des activités sexuelles, à se faire dépister. Elles devraient systématiquement se faire dépister. Si le premier est normal, le deuxième est normal c’est tous les trois ans jusqu’à l’âge de 65 ans.

Minute.bf : Quelles sont donc les causes de cette maladie si grave à en juger des chiffres ?

Pr Somé : Moi j’ai l’habitude de dire qu’il y a quatre (4) causes. Premièrement, c’est le fait de ne pas se faire dépister. Si toutes les femmes se dépistaient, on allait pouvoir empêcher la survenue de ce cancer chez ces femmes.

La deuxième cause, est le traumatisme infectieux. Aujourd’hui il est établi et certifié que la cause du cancer du col de l’utérus c’est le virus du papillome humain, qui apparait comme les traits de coq. Ce virus, est à la base du développement du cancer du col de l’utérus, c’est connu.

Ensuite, il y a aussi l’herpès Simplex virus n°2 (HSV n°2) qui provoque le cancer du col. Donc à ce niveau on parle de traumatisme infectieux dû au « papilloma virus » et au « herpès Simplex n°2 ».

Aussi, vient le traumatisme obstétrical, qui concerne les femmes qui accouchent trop tôt et trop souvent. Tu as commencé à accoucher à 15 ans et tous les 2 ans ou tous les ans pratiquement, tu accouches » par exemple, on parle de traumatisme obstétrical.

En quatrième position, on a le traumatisme sexuel. Dès l’âge de 10 ans, tu changes les partenaires sexuels, tu as un multi partenariat sexuel, autant de fois que tu changes de partenaires, autant de fois tu prends le risque d’avoir le virus HPV ou HSV cités plus haut. Là encore, il faut préciser que ce n’est pas forcement quand la femme a de multipartenaires sexuels qu’elle est exposée. Elle peut rester à la maison sans bouger mais si elle a un partenaire sexuel qui voltige, c’est la même conséquence, le même résultat car celui-ci peut contracter les virus (HPV et HSV) et venir lui transmettre.

Propos recueillis par Hamadou Ouédraogo

Minute.bf

Source : Minute.bf

Faso24


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