Burkina Faso : De la nécessité de politique de prospectives économiques


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Le phénomène de diplômés chômeurs prend de plus en plus de l’ampleur en Afrique de façon générale et au Burkina Faso en particulier.

Dans notre pays, la fonction publique d’Etat est l’un des grands pourvoyeurs d’emplois. Mais il est évident qu’elle ne peut pas à elle seule absorber tous les diplômés en quête d’insertion professionnelle. Il en est de même dans le secteur privé où les contrats de travail se font de plus en plus rares.

En 2020 par exemple, on dénombre 1 247 365 candidats pour 4721 postes à pourvoir dans la fonction publique ; c’est donc dire que seuls 0.38% (1 candidats sur 274) des candidats seront admis. Que feront les 99.62% soit 1 242 644 restants ? Combien de ces candidats ont postulé par vocation ? Combien ont postulé à un poste qui n’a absolument pas de rapport avec leurs formations initiales ? Comme on le dit, le pays est dur, toutes opportunités sont à prendre.

Au Burkina Faso, comme dans bien de pays africains, on retrouve généralement deux catégories de diplômés chômeurs.

La première catégorie est celle des diplômés qui n’arrivent pas à trouver de l’emploi car étant dans un secteur professionnel saturé. En gros, il y a plus de demandes que d’offres.

La deuxième catégorie est celle des diplômés qui ne trouvent pas des débouchés à leurs formations car la demande sur le marché est quasi inexistante.

Ces deux catégories feront face aux mêmes conséquences : le chômage, d’où la notion de diplômés chômeurs. Ils sont souvent amenés à se rabattre sur les concours de l’Etat ou à faire une reconversion (choisir une nouvelle filière de formations).

Imaginez un instant le paradoxe du système dans lequel nous sommes : d’un côté, on assiste à une arrivée massive de jeunes diplômés sur le marché de l’emploi et de l’autre côté, on entend les acteurs économiques refuser de les recruter car ces derniers n’étant pas nantis des compétences recherchées. On assiste bel et bien à un dialogue de sourds. L’Etat injecte des milliards dans la formation des jeunes qui finiront au chômage. Une réforme du système éducatif est donc urgente et elle passera impérativement à travers une identification des besoins et une planification efficiente.

Oui, l’Etat ne peut pas embaucher tout le monde, mais nous demeurons convaincus qu’il est de sa responsabilité de mettre en œuvre des politiques de prospectives économiques très efficace afin de réduire la propension de ce fléau que sont les diplômés chômeurs.

Par prospective économique, nous entendons par là tous les moyens mis en œuvre pour l’établissement de statistiques sectorielles fiables dans le but d’identifier à court et moyen terme les moyens humains et matériels nécessaires pour le maintien d’un tissu économique et professionnel viable.

L’élaboration de cette politique permettra à l’Etat d’avoir des éléments chiffrés pouvant orienter les politiques publiques d’une part, et d’autres part, donner une visibilité professionnelle aux futurs étudiants en quête de formations professionnelles.

Si nous avions anticipé le boom minier des années 2000, nous aurions pu créer en amont des écoles pour former les futures compétences nécessaires et mettre en place une filière minière stable et efficace. Mais au lieu de cela, nous nous sommes retrouvés rapidement face à un manque criard de compétences locales et la conséquence fut sans appel : les opérateurs miniers, étrangers pour la plupart, sont venus avec leurs collaborateurs.

Combien d’emplois ont été perdus par ce manque d’anticipation ? Et pour rattraper le coup, l’Etat forme aujourd’hui beaucoup d’ingénieurs en mines ; résultat des courses, il y a plus de demandes que d’offres et on vient à constater des diplômés en mines chômant dans un pays minier qui produit environ 50 tonnes par an.

En France par exemple, le numerus clausus a été instauré dans les facultés de médecine en 1971 afin de limiter le nombre de médecins sur le marché de l’emploi, ce système a effectivement été efficace pour la régulation du flux annuel de médecins. Cependant, l’espérance de vie ayant augmenté, les Hommes vivant de plus en plus longtemps, l’Etat, à travers des statistiques sectorielles, a vite compris qu’il y a une pénurie de médecins qui s’annonce. Face ce risque donc, il a été décidé de supprimer le numerus clausus dans les facultés de médecines en mars 2019. Voici un exemple concret des avantages concrets d’une politique prospective : la régulation de l’offre et de la demande.

Nous saluons la décision de l’Etat concernant la création des lycées techniques, professionnels et les formations universitaires professionnalisantes (IUT, école polytechnique de Ouagadougou…), néanmoins les mêmes questions reviennent avec insistance : quelles seront les filières enseignées ? quelle est la demande du marché par rapport à ces formations ? Combien de diplômés formerons nous par an ?

Le monde globalisé dans lequel nous sommes, change, des nouveaux profils de métiers apparaissent et le Burkina Faso se doit être au rendez-vous. Parce que Gouverner, c’est prévoir, nous devons anticiper.

La numérisation de l’économie nécessite l’émergence de nouvelles compétences. Quelles sont telles ? Quelles sont les infrastructures nécessaires ? Pour quel capital humain ?

Prenons un cas concret : pour réaliser une étude prospective complète, nous aurons besoin de plusieurs profils de métiers : ingénieurs statisticiens, économistes, fiscalistes, de spécialistes de l’éducation, de démographes, d’ingénieurs en big data, et d’analyste des politiques publiques. (Liste non exhaustive)

Dans le cas de la numérisation des activités économiques, nous aurons besoin des spécialistes en cybersécurité, en administration des réseaux, en télécom, en communication, en programmation informatique, en conception de site Web, en web marketing (liste non exhaustive).

Réduire le chômage, c’est se donner les moyens d’élargir l’assiette fiscale de l’Etat, car comme on le sait tous, le salarié burkinabè doit s’acquitter de taxes et impôts qui constituent une partie des recettes de l’Etat. Plus les salariés seront nombreux, plus les recettes seront importantes.

Le gouvernement burkinabè ne cesse de lancer des campagnes d’incitation au planning familial dans le cadre d’une politique de la démographie. Il peut être temps de se lancer dans une politique de planification de la formation universitaire.

Si les chiffres n’étaient pas si dramatiques, je serais tenté de dire qu’à quelque chose malheur est bon. En effet, après les multitudes tentatives infructueuses, certains diplômés chômeurs finissent par se lancer dans l’entrepreneuriat et c’est là que les plus téméraires finissent par trouver un exutoire.

Parce que gouverner, c’est prévoir, l’Etat doit se lancer dans une étude de prospective afin d’identifier le besoin et planifier, avec comme conséquence la réduction du chômage,

Parce que gouverner, c’est prévoir, l’Etat doit cesser d’allouer un budget colossal dans des formations qui s’avèrent inutiles pour le diplômé. On injecte des milliards pour former des diplômés chômeurs, et comme service après-vente (SAV), on réinjecte des milliards dans des programmes (qui sont le plus souvent inefficaces) d’aides aux chômeurs. On assiste là avec une double gabegie.

J’entends dire, ma chère sœur et mon cher frère, que la solution au chômage réside dans l’entreprenariat. Alors laissez moi vous dire que même pour entreprendre, on a besoin d’être formé et cette formation peut être incluse dans les programmes universitaires.

Réduire le chômage des diplômés, c’est changer de paradigmes ; changer de paradigmes, c’est commencer une planification des besoins.

Faire une étude prospective, c’est assurer l’équilibre relatif de l’offre et de la demande.

Ceci est ma modeste contribution citoyenne au débat public.

Sayouba TEONSA

Ingénieur Civil (France)

Source : lefaso.net

Faso24


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