Culture : La Société des auteurs, des gens de l’écrit et des savoirs (SAGES) répond à l’écrivain burkinabè Loro Mazono


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Le 16 septembre 2020, nous publions la lettre ouverte de Loro Mazono adressée au ministre de la Culture, Abdoul Karim Sango. Dans ladite lettre l’auteur fait cas d’un « sérieux contentieux » qui l’opposait à Koba Boubacar Dao, chargé de mission au ministère de la Culture et par ailleurs, président de la SAGES. Dans les lignes qui suivent, la SAGES donne sa lecture du « contentieux ».

De quel droit devrions-nous répondre à une lettre ouverte qui ne nous est pas destinée, mais adressée à Monsieur le Ministre de la Culture, des Arts et du Tourisme ? Nous aurions pu nous en tenir à la réponse du Ministre qui affirme : « Je crois que vous auriez pu me saisir par une procédure administrative plus élégante, afin qu’ensemble, nous explorions toutes les possibilités de traitement de ce ʺcontentieuxʺ ». Et que « les services d’inspection vont être sollicités pour investiguer, dans les jours à venir, afin de me permettre de cerner le dossier dans tous ses contours. »

Cependant, plus qu’un droit de réponse, il s’agit pour nous d’un devoir de réponse. Du fait que la lettre, publiée par des médias en ligne, incrimine la personne de Koba Boubacar Dao et qu’elle vise l’association qu’il préside ainsi que pour les insinuations malsaines qu’elle comporte à l’égard du Chargé de mission de Monsieur le Ministre de la Culture, des Arts et du Tourisme qu’il est également. Ce communiqué de presse est donc un devoir de réponse face à des récriminations contre une personne agissant au nom de l’association et pour le compte de l’association et non à titre personnel et individuel.

L’écrivain Loro Mazono (Kama Kodjo) a bien le droit de contester, de protester et d’agir s’il s’estime lésé. La SAGES ne saurait le lui dénier. Mais, la forme nous laisse perplexes et le fonds nous offusque par ses allégations qui nous indignent. L’homme est ici obnubilé par sa volonté de nuire à notre Président et prisonnier de ses pulsions de le détruire pour des motifs réels inavoués ; mais qui, à la lecture de son pamphlet, se laissent aisément deviner.

Il est indéniable que l’auteur résidant en France a contacté un collègue au Président afin qu’il l’aide à organiser, à Ouagadougou, une dédicace de son livre. Celui-ci lui a proposé de travailler avec la SAGES qui l’a accepté et les échanges se sont déroulés par courriels. Il est aussi indéniable que trente (30) exemplaires du roman de Loro Mazono intitulé La porteuse de baya ont été déposés auprès de la SAGES, en juin 2017, pour être vendus. Il est tout aussi indéniable qu’à ce jour, l’auteur de l’œuvre n’a pas encore perçu le prix des exemplaires vendus, ni reçu les exemplaires non vendus des livres. Mais, comment un « contentieux » entre l’écrivain Loro Mazono et la Société des Auteurs, des Gens de l’Écrit et des Savoirs (SAGES) même transformé en un litige privé entre Koba Boubacar Dao et Kodjo Kama au sujet d’un roman peut-il emprunter la voie d’ « une si longue lettre », de part et d’autre ?

Loro Mazono affirme que chaque exemplaire du livre devrait être vendu à dix mille (10 000) francs CFA au lieu de treize (13 000) francs CFA, prix auquel le Président de la SAGES aurait voulu le vendre, le jour de la dédicace, le 01er juillet 2017, au Centre National de Presse Norbert Zongo. Qu’il s’y serait catégoriquement opposé. Le Président l’aurait-il vendu à ce prix- là, à son insu ? s’interroge-t-il, avant de répondre qu’il n’en sait rien.

Ce qu’il omet (ou refuse de dire clairement), c’est d’abord que les trente (30) livres dont il parle sont les seuls exemplaires qu’il a convoyés à Ouagadougou. Loro Mazono se présente comme (simple) porteur des œuvres : des livres qu’il a subtilement fait facturer par les Éditions du Panthéon, au nom du Président et de la SAGES, pour l’organisation de sa propre dédicace. Le personnage évoque le nombre de trente (30) livres, mais il ne dit pas que c’est parmi ces exemplaires qu’ont, par exemple, été retenus ceux qui ont servi à la promotion de l’œuvre (présentation de l’ouvrage lors de la dédicace, préparation d’une émission sur le livre…)

Au sujet du nombre d’exemplaires vendus le jour de la dédicace, inutile de polémiquer. Loro Mazono sait bel et bien qu’il a très peu vendu et qu’il a dédicacé à peine quatre (04) ou cinq (05) exemplaires ou même moins, sauf erreur ou omission de notre part. Mais, il y a des témoins oculaires que nous pourrions citer. Il sait également que des membres de la SAGES ont même accepté des prestations gratuites pour l’accompagner, lui un auteur qui ne se reconnaissait ni comme membre ni même comme sympathisant de cette association.

Quant au coût de vente du livre au Burkina Faso, nous l’ignorions et le Président dit avoir juste voulu savoir s’il le vendait au prix figurant sur l’ouvrage : vingt (20.00) euros. Le livre s’est même vendu à moins de huit mille (8 000) francs CFA, même si un visuel publié sur Facebook et partagé via Messenger indique dix mille (10 000) francs CFA. Ces preuves sont encore disponibles et peuvent être toujours consultées. Dans les documents joints en annexes, des visuels confirment que l’activité a été organisée par la SAGES et que le prix officiel de vente du livre est bel et bien de dix mille (10 000) francs CFA. D’ailleurs, nous pensons que ce serait manquer de réalisme que de croire qu’on pourrait si facilement écouler un roman au prix de treize mille (13 000) francs CFA au Burkina Faso dont nous croyons mieux connaitre les réalités socioéconomiques.

Ce qu’il omet aussi (ou refuse de dire clairement), c’est que même lorsque nous avons été contactés par la Bibliothèque nationale du Burkina pour les formalités du dépôt légal, il s’est débiné quant à l’exemplaire à fournir. Il ne pouvait le concéder gracieusement car selon sa conception, ce sont des livres à vendre et à acheter. Ainsi, l’acte administratif obligatoire pour tout livre n’a même pas été effectué. Les malentendus, les incompréhensions et les problèmes de communication commencent alors à se succéder. En effet, Loro Mazono est reparti en France, mais les échanges se poursuivent. Le Président reconnait avoir reçu une lettre manuscrite datée de décembre 2017. Il y a effectivement répondu, par un e-mail, le 16 février 2018. Tout comme le Président a reçu cette autre lettre manuscrite de juin 2018, à laquelle il a encore répondu par un courriel, le 15 juillet 2018.

Il serait bien de rappeler à Loro Mazono que le Président n’est pas un libraire. Il ne gère pas personnellement les livres à vendre. Cela est surtout du ressort de la Trésorerie de la SAGES et de membres bénévoles de l’association. L’association SAGES ne dispose pas non plus de librairie. Elle profite de certaines activités d’envergure pour accompagner les auteurs burkinabè dans la promotion et la vente de leurs œuvres : Semaine nationale de la Culture (SNC), Foire internationale du Livre de Ouagadougou (FILO), Rentrée littéraire du Faso (RLF)… Or, la plupart de ces manifestations sont biennales.

Courant fin 2018, un e-mail est envoyé au Président par les Éditions du Panthéon, rappelant une facture portant sur la livraison de trente (30) exemplaires de La porteuse de baya d’un montant de trois cent trente-six (336.00) euros et communiquant un Relevé d’Identité Bancaire pour le payement. Croyant (peut-être naïvement) au départ à un dépôt vente des livres, dès lors que le Président avait compris la supercherie de l’auteur et de la Maison d’édition qui voulaient considérer tous les exemplaires comme vendus à la SAGES, alors que les librairies elles-mêmes refusent cette solution et que l’association ne reconnait pas ainsi avoir fait une importation de livres à commercialiser. D’ailleurs, elle n’est même pas habilitée pour le faire. Cette manière de vouloir procéder nous semble irrecevable. Le Président affirme s’en être ouvert à son collègue qui avait servi d’intermédiaire entre Loro Mazono et lui, sans qu’ils aient pu mieux en discuter…

Et puis après, entre Loro Mazono et le Président, plus rien. Ni courriels, ni lettres manuscrites, aucune réponse à ses messages du 04 novembre 2018, du 01er septembre 2019, du 10 décembre 2019 et du 01er juin 2020, via Messenger alors que des indices indiquaient qu’il était bel et bien en ligne. Des captures d’écran en attestent. Les tentatives du Président pour le joindre sont donc restées vaines. Cependant, ses œuvres n’ont pas été écartées de notre circuit de vente.

L’auteur Loro Mazono dit qu’il a adressé au Président un troisième message, le 22 juin 2020, en passant par un ami de Ouagadougou (que le Président connait également). Que celui-ci l’aurait à son tour transmis à un collègue du Président en service au Ministère de la Culture, des Arts et du Tourisme. Que le message serait parvenu au Président et qu’il n’aurait pas daigné y donner un accusé de réception. Que ce collègue et un autre auraient maintes fois tenté de rencontrer le Président pour discuter de la question du règlement des livres mais qu’il se serait ʺhonteusementʺ dérobé. Le Président, pour sa part, sur ce sujet, dément formellement et sans détours avoir reçu un quelconque message de qui que ce soit relatif à cette question. Tout comme il dément formellement avoir été contacté par les personnes qu’il cite. Du reste, celles-ci pourraient donner leurs versions des faits.

Loro Mazono demande même aux fondateurs de notre association (dont il n’est pas membre) de destituer Koba Boubacar Dao de son poste de Président. Nous précisons au passage que l’association, c’est aujourd’hui au moins cent trois (103) membres et sympathisant(e)s enregistré(e)s et que ce droit est exclusivement dévolu aux membres de la SAGES. Cependant, et fort heureusement, il nous semble bien que l’image négative qu’il tente de donner du Président est très loin de celle qu’ils ont de lui. En outre, il est à déplorer et à condamner les menaces physiques proférées, dans sa lettre, à l’encontre du Président.

Mais, comment un auteur peut-il se soustraire à l’obligation du dépôt légal de son livre au Burkina Faso et vouloir vendre légalement des livres dans ce pays ? De quel droit l’auteur de ce livre hors-la-loi peut-il venir saisir, par la suite et de la pire des manières, le Ministre assurant la tutelle de la structure en charge du dépôt légal pour lui exposer ainsi un contentieux qui serait né de la gestion commerciale d’un livre qui n’a du reste aucune existence légale au Burkina Faso ? Rappelons que, face aux interpellations en vue des formalités du dépôt légal, Monsieur Kama Kodjo a toujours été réticent quant aux exemplaires à déposer à la Bibliothèque nationale du Burkina.

En raison de cette situation, l’une des dispositions immédiatement prises a été de dresser l’inventaire des livres en notre possession. Une fois effectué, il révèle à la date du 16 septembre 2020, d’abord quatorze (14) exemplaires invendus de La porteuse de baya. Au total donc, seize (16) livres sont sortis. Il faudrait, en principe, en déduire deux (02) exemplaires (celui du présentateur de l’œuvre lors de la dédicace et celui remis pour la promotion dans un média de la place). L’inventaire indique également que ce sont au total vingt-quatre (24) titres de seize auteurs différents que nous avons encore par devers nous, soit cent cinquante-huit livres (158). Des auteurs nous ont même autorisés à effectuer une distribution gratuite de leurs livres dans des écoles.

À Loro Mazono, la SAGES voudrait signifier qu’il ne s’agit nullement d’« un silence coupable et arrogant » du Président, comme il l’affirme. Nous tenons à le rassurer que nous n’avons rien contre La porteuse de baya (titre de son roman) ni même contre un éventuel porteur de baya. Le Bureau Exécutif de la SAGES qui s’est réuni le mercredi 16 septembre dernier, à Ouagadougou, tient à l’informer qu’il pourrait désigner un(e) représentant(e) au Burkina Faso afin d’entrer immédiatement en possession de ses livres, tout en nous indiquant la voie souhaitée ou la personne désignée pour recevoir le règlement de son dû. La Trésorière de la Société des Auteurs, des Gens de l’Écrit et des Savoirs s’occupera avec diligence du nécessaire à faire. Par conséquent, il voudra bien nous joindre à l’adresse e-mail suivante : [email protected]

Dommage que nous ne soyons plus en de si bons termes. Nous lui aurions vivement conseillé d’offrir gratuitement les quatorze (14) livres restant à des bibliothèques de la place. Il pourrait ainsi battre en brèche l’option répandue selon laquelle il serait un ʺbenguisteʺ démuni espérant s’enrichir dans la vente d’une trentaine de livres. Cela serait également une action humanitaire d’envergure et surtout un sursaut patriotique. Et les lecteurs le lui revaudront. Pour sa part, la SAGES entend poursuivre le renforcement de ses capacités organisationnelles (en terme de communication, de siège, de logistique, de ressources humaines, de gestion administrative et financière) pour un meilleur rendement et conformément à ses objectifs.

Il est certain que, pour cette collaboration, la SAGES ne s’attendait nullement à être payée ni en euros (la monnaie du pays d’accueil du compatriote), ni même en francs CFA, encore moins en dollars ; mais au moins en gratitude.

Malheureusement, elle se voit payée en monnaie de singe. Nous aurions souhaité pouvoir continuer à travailler pour ce Burkinabè et son éditeur français (un parfait inconnu chez nous) qu’il dit déçu de la SAGES, de son Président et sans doute du Burkina Faso.

Enfin, nous aimerions conclure sur ces propos tintés d’amertume et de fierté du Président : « Personnellement, en tenant aujourd’hui le livre La porteuse de baya ou L’autre face de l’humanitaire, je suis davantage marqué par le sous-titre de l’œuvre que par le titre : ʺL’AUTRE FACE DE L’HUMANITAIREʺ … J’en ai aujourd’hui une lecture différente de celle que j’avais faite, en tant que critique littéraire, lors de la cérémonie de dédicace de l’œuvre. Pourtant, je reste persuadé, et j’éprouve même de la fierté partagée avec d’autres membres de notre association, d’avoir contribué, même modestement, à la promotion du livre d’un compatriote de la diaspora, sur le territoire de ses origines, malgré les revers de cette entreprise si noble au départ. Cela ne saurait entraver nos actions surtout en faveur du livre et des auteurs burkinabè d’ici et d’ailleurs et même en faveur de ceux d’Afrique. »

Ouagadougou, le 29 septembre 2020

Pour le Bureau Exécutif

Le Secrétaire Général


François KOMBASSÉRÉ


Lire aussi :Un écrivain au ministre Abdoul Karim Sango : « J’ai un sérieux contentieux avec votre ‘’Chargé de mission’’, Koba Boubacar Dao »


Source : lefaso.net

Faso24


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